


Au nord, près de Sapa, c'est tout un peuple de « lève-tôt » que l'on côtoie au petit lever du soleil.
Enfants pieds nus, instruments agraires sur l'épaule gagnant les rizières en contre bas, femmes harnachées d'immenses hottes, hommes menant les buffles sur les terrasses. Toutes et tous, de l'ethnie Hmong noir en vêtement traditionnel : tunique, pantalon, guêtres foncées, tissées, teintées et brodées main, calot rond surmontant des cheveux noués en chignon.
Ici douze mois sur douze, qu'il pleuve, vente, que le brouillard s'amasse dans les vallées ou que la chaleur s'échappe en volutes, on s'habille ainsi du matin au soir. Comme il y a mille ans. Idem sur l'autre versant de la montagne, Hmongs fleur, Laos aux dents laquées noir, Daos rouges, Tais tatoués de points verts et bleus ou Hani aux grosses tresses de laine, respectent et portent le costume de leurs ancêtres. Au quotidien, nullement pour le folklore.
Chaque minorité s'emploie à transmettre l'art de monter une coiffe, de tirer l'aiguille, de donner de l'aisance à une veste. Comme autrefois, on ne quitte son habitation sur pilotis que pour travailler ou se rendre au marché hebdomadaire, pour commercer dans tous les sens du terme, pour boire le cho, breuvage à base de thé, de haricot rouge, de noix de coco, de miettes de gâteau et de cacahuètes, accompagné de ban ran beignets croustillants, laqués d'huile cachant une boule de mélasse. Mais aussi pour trouver sa moitié. La conclusion de quelques alliances se déroule à la fin du marché.
Lorsque les filles se regroupent, attendant un éventuel prétendant. Les élues du jour se font kidnapper à moto, conduite dans la famille du mari potentiel, pour y vivre trois jours, n'adressant la parole qu'aux femmes âgées. Période d'essai, non renouvelable, pour juger de la compatibilité des unes et des autres. Si chaque partie s'accorde, reste au fiancé à demander la main de la belle, avec en guise d'introduction une corne de buffle remplie d'alcool de riz.
Quatre jours plus tard, si le papa accepte, c'est la noce au village. On boit du « happy drink », alcool de riz alourdi de quelques substances secrètes, on mange du riz de toutes les couleurs, teinté avec des plantes naturelles, on se gave de porc noir parfumé aux épices. Les flonflons de la fête se répercutent sur la barrière des montagnes, enflent dans la vallée, résonnent dans les têtes embrumées d'alcool, se répandant à fleur des rizières, boudées exceptionnellement.
Venues de la Chine toute proche, attirées par les montagnes gorgées d'eau, propices à leurs cultures et leur élevage, une dizaine de minorités se sont d'abord installées dans les plaines aux alentours directs de Sapa, au-delà du Col de la Porte du Paradis. Tolérées seulement par les autorités, oubliant que l'oncle Ho les considéraient partie intégrante de la grande nation vietnamienne, qui n'apprécient nullement leurs cultures sur brûlis et leurs particularités : langue, vêtements, mode de vie. Menacées dorénavant par l'autoroute en construction entre Kinming, en Chine et Hanoï.
Où seront les Tays, les Laos, les Hmongs, les Daos, dans cinq à dix ans lorsque l'asphalte dessinera un long ruban noir à travers les rizières, les isolant de part et d'autre de ses voies rapides plus infranchissables que les montagnes ?
Les coups de cœur de 1001mariages
Au nord, près de Sapa, c'est tout un peuple de « lève-tôt » que l'on côtoie au petit lever du soleil.
Enfants pieds nus, instruments agraires sur l'épaule gagnant les rizières en contre bas, femmes harnachées d'immenses hottes, hommes menant les buffles sur les terrasses. Toutes et tous, de l'ethnie Hmong noir en vêtement traditionnel : tunique, pantalon, guêtres foncées, tissées, teintées et brodées main, calot rond surmontant des cheveux noués en chignon.
Ici douze mois sur douze, qu'il pleuve, vente, que le brouillard s'amasse dans les vallées ou que la chaleur s'échappe en volutes, on s'habille ainsi du matin au soir. Comme il y a mille ans. Idem sur l'autre versant de la montagne, Hmongs fleur, Laos aux dents laquées noir, Daos rouges, Tais tatoués de points verts et bleus ou Hani aux grosses tresses de laine, respectent et portent le costume de leurs ancêtres. Au quotidien, nullement pour le folklore.
Chaque minorité s'emploie à transmettre l'art de monter une coiffe, de tirer l'aiguille, de donner de l'aisance à une veste. Comme autrefois, on ne quitte son habitation sur pilotis que pour travailler ou se rendre au marché hebdomadaire, pour commercer dans tous les sens du terme, pour boire le cho, breuvage à base de thé, de haricot rouge, de noix de coco, de miettes de gâteau et de cacahuètes, accompagné de ban ran beignets croustillants, laqués d'huile cachant une boule de mélasse. Mais aussi pour trouver sa moitié. La conclusion de quelques alliances se déroule à la fin du marché.
Lorsque les filles se regroupent, attendant un éventuel prétendant. Les élues du jour se font kidnapper à moto, conduite dans la famille du mari potentiel, pour y vivre trois jours, n'adressant la parole qu'aux femmes âgées. Période d'essai, non renouvelable, pour juger de la compatibilité des unes et des autres. Si chaque partie s'accorde, reste au fiancé à demander la main de la belle, avec en guise d'introduction une corne de buffle remplie d'alcool de riz.
Quatre jours plus tard, si le papa accepte, c'est la noce au village. On boit du « happy drink », alcool de riz alourdi de quelques substances secrètes, on mange du riz de toutes les couleurs, teinté avec des plantes naturelles, on se gave de porc noir parfumé aux épices. Les flonflons de la fête se répercutent sur la barrière des montagnes, enflent dans la vallée, résonnent dans les têtes embrumées d'alcool, se répandant à fleur des rizières, boudées exceptionnellement.
Venues de la Chine toute proche, attirées par les montagnes gorgées d'eau, propices à leurs cultures et leur élevage, une dizaine de minorités se sont d'abord installées dans les plaines aux alentours directs de Sapa, au-delà du Col de la Porte du Paradis. Tolérées seulement par les autorités, oubliant que l'oncle Ho les considéraient partie intégrante de la grande nation vietnamienne, qui n'apprécient nullement leurs cultures sur brûlis et leurs particularités : langue, vêtements, mode de vie. Menacées dorénavant par l'autoroute en construction entre Kinming, en Chine et Hanoï.
Où seront les Tays, les Laos, les Hmongs, les Daos, dans cinq à dix ans lorsque l'asphalte dessinera un long ruban noir à travers les rizières, les isolant de part et d'autre de ses voies rapides plus infranchissables que les montagnes ?
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